Les bonnes pratiques pour un transfert sécurisé avec un lève-personne

22 mai 2026

Le lève-personne : pourquoi est-ce un outil indispensable en EHPAD ?

Limiter la perte d’autonomie, préserver la sécurité des résidents, prévenir les troubles musculosquelettiques (TMS) chez les professionnels : le lève-personne est devenu incontournable en établissement médico-social. Selon l’INRS, près d’1 aide-soignant sur 2 rapporte avoir subi des douleurs ou accidents liés à la manutention de personnes âgées (INRS). Or, un transfert mal réalisé n’est pas sans conséquences : chutes, douleurs, anxiété, voire blessures sévères chez le résident, épuisement et arrêts de travail côté personnel.

Les lève-personnes, électriques ou manuels, sont conçus pour lever, déplacer ou positionner une personne en toute sécurité, quelle que soit la mobilité résiduelle de celle-ci. Leur usage, loin d’être "automatique", demande méthode, observation et anticipation.

Évaluer la situation avant chaque transfert : une étape clé

Avant d’utiliser un lève-personne, il est crucial de prendre un temps d’observation et d’évaluation. Négliger cette étape multiplie le risque d’incident.

  • État de santé du résident : capacité à coopérer, douleurs, fatigue, conscience.
  • Poids et morphologie : certains lève-personnes ont des limites de charge strictes (généralement entre 120 et 200 kg).
  • Mobilité résiduelle : un résident capable de se tenir assis peut nécessiter uniquement une aide partielle ; à l’inverse, une paralysie impose une prise en charge complète.
  • Environnement : vérifier l’espace disponible, l’état du sol, l’éclairage et l’absence d’obstacles.
  • Consentement et compréhension : expliquer chaque geste aux résidents, même non communicants, évite l’anxiété et facilite la collaboration.

Le respect de l’intimité est aussi fondamental que la sécurité. Prendre quelques secondes pour fermer la porte ou tirer un rideau n’est pas anecdotique : cela lutte directement contre la maltraitance ordinaire.

Choisir le bon lève-personne et le bon accessoire : un préalable non négociable

Il existe plusieurs modèles de lève-personnes adaptés à chaque situation :

  • Lève-personne mobile : sur roulettes, polyvalent, permet de transférer du lit au fauteuil ou aux toilettes.
  • Lève-personne sur rail : idéal en cas de besoin fréquent ou dans des espaces contraints.
  • Lève-personne verticalisateur : réservé aux personnes ayant une station debout partiellement possible, facilite la mise au fauteuil et l’habillage.

Le choix de la sangle est tout aussi déterminant : sangle hamac pour un maintien global, sangle toilette pour l’accès à l’hygiène, ou sangle amputé pour des morphologies spécifiques. Vérifier systématiquement l’étiquetage (date de péremption, poids maximal admis, absence de déchirure) est indispensable.

Astuce terrain : différents coloris de sangles indiquent parfois la taille. Ne pas hésiter à recouper avec la fiche technique, car une sangle trop grande ou trop petite modifie le centre de gravité lors du portage et augmente le risque de chute.

Étapes détaillées d’un transfert sécurisé

Voici la méthode recommandée dans les guides de bonnes pratiques et validée par la Haute Autorité de Santé :

  1. Préparer l’environnement
    • Enlever tout obstacle (tables, repose-pieds, tapis glissant)
    • Vérifier le verrouillage des freins du lit et du fauteuil ; en revanche, laisser le lève-personne mobile pour s’adapter aux déplacements
    • Prendre contact verbal et visuel avec le résident
  2. Installer la sangle
    • Rouler prudemment la personne sur le côté, glisser la sangle sous l’épaule et la hanche opposées
    • Positionner la sangle en respectant les repères visuels (indiqués sur le tissu ou la notice)
    • Dégager les vêtements, veiller à ne pas blesser la peau fragile (risque d’escarres augmenté en gériatrie, voir SafeMed)
  3. Fixer les attaches
    • S’assurer que chaque boucle ou crochet est bien enclenché, côté montant du lève-personne
    • Pour certaines sangles, ajuster la longueur pour un maintien symétrique (attention au déséquilibre latéral lors du levage !)
  4. Lever progressivement
    • Informer la personne, puis actionner lentement le vérin ou la commande électrique
    • Rester à hauteur de la tête pour rassurer, surveiller les membres pour éviter qu’ils ne se coincent
    • Interrompre en cas d’inconfort ou de douleur exprimée
  5. Déplacer avec précaution
    • Manœuvrer doucement, en évitant les mouvements brusques
    • Vérifier régulièrement que la sangle ne glisse pas ou ne se détache
  6. Réinstaller la personne dans le dispositif d’arrivée
    • Adapter l’inclinaison du dossier, ajuster les appuis-tête ou latéraux
    • Désolidariser la sangle calmement, sans "tirer"
    • Rester jusqu’à ce que la personne retrouve un confort postural

Points de vigilance : sécurité avant tout

  • Ne jamais laisser une personne suspendue, même quelques secondes, sans surveillance directe.
  • Respecter la charge maximale du matériel, inscrite sur la fiche technique ou la notice.
  • Utiliser systématiquement la sangle adaptée : trop petite, elle génère des points de pression ; trop grande, elle favorise la glissade.
  • Entretenir le matériel : nettoyer régulièrement la sangle (maximum 60° en machine, sécher à l’air libre), vérifier l’absence de déchirure ou d’usure sur les coutures et le châssis du lève-personne.
  • Interdiction formelle :
    • Utiliser un lève-personne sur une rampe ou en présence d’un vide non sécurisé
    • Modifier une sangle artisanale (coutures, épingles…)
    • Laisser une sangle sous une personne sans vérification médicale (risque d’escarre)
  • Coopération et communication : chaque transfert, même maîtrisé, doit être anticipé par une "briefing minute" quand l’équipe est jeune, ou si le résident présente des troubles cognitifs nouveaux.

Les erreurs fréquentes à éviter absolument

  • Sous-estimer la préparation physique : précipiter le geste, oublier le réglage de la sangle ou négliger les vêtements (cordons, fermetures éclairs, ceintures, etc.), source de blessures immédiates.
  • Négliger la vigilance collective : effectuer l’opération seul(e), intervenir en zone mal éclairée, mal adapter le dispositif d’arrivée (fauteuil non prêt, table trop proche exprimant un obstacle au transfert final).
  • Manquer de communication : imposer le geste, ne pas attendre le retour verbal de la personne, aller trop vite. Le silence face à l’appréhension majore la tension musculaire de la personne aidée (déjà documenté par la HAS).
  • Détourner l’usage du matériel : utiliser la sangle pour tracter ou relever une personne du sol, sans vérification d’absence de traumatisme.

Former, s’entraîner, réévaluer : la clé d’un usage sûr et humain

Aucune lecture ou vidéo ne remplacera l’entraînement pratique collaboratif, en équipe pluri-professionnelle. Une étude menée par la Fédération des établissements hospitaliers et d'assistance privée (FEHAP) montre que 40 % des incidents sont liés à un défaut d’entraînement des nouveaux arrivants sur le matériel spécifique de chaque établissement. Organiser des sessions d’essai, mettre à disposition un guide illustré, partager les anecdotes d’incident bénin (sangle mal fixée, pied coincé…), renforce la culture de la sécurité.

Il n’est pas inutile de solliciter régulièrement l’avis d’un ergothérapeute ou d’un formateur en gestes et postures. Certaines situations sortent du cadre classique : troubles du comportement, agitation, blessures cutanées, etc. Dans ces cas, on privilégie une adaptation sur-mesure, documentée dans le projet de soins.

Acteurs impliqués Rôle lors du transfert avec lève-personne
Infirmier(e) S’assure de l’indication médicale, valide la nécessité et adapte le matériel à l’état de santé.
Aide-soignant(e) Prépare le matériel, réalise le transfert, observe la réaction du résident, signale tout incident.
Ergothérapeute Évalue les capacités restantes, préconise sangle/matériel adapté, forme les équipes.
Cadre de santé Organise les formations, veille à la disponibilité et au bon état du matériel.

Vers une culture du transfert sécurisé, respectueuse de la dignité

Le lève-personne n’est pas qu’un outil technique : il cristallise le souci d’allier efficacité, respect du corps et préservation de la relation. Acquérir de bons réflexes, s’entourer du bon matériel, travailler main dans la main avec toute l’équipe, c’est, in fine, offrir au résident la sécurité et la dignité auxquelles il a droit.

Miser sur la formation régulière, documenter systématiquement chaque incident (même mineur), dialoguer ouvertement avec les familles et les résidents : ces démarches, toutes simples en apparence, transforment le quotidien, bien au-delà de la technique. Car derrière chaque transfert sécurisé, il y a une attention véritable portée à l’autre.

Pour aller plus loin, plusieurs ressources sont à disposition : le guide de la Haute Autorité de Santé (HAS), les fiches pratiques de l’INRS, ou encore l’arrêté du 29 juillet 2004 relatif aux règles d’hygiène et de sécurité concernant les matériels de levage (Legifrance).

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