- Le lavage des mains insuffisant ou mal réalisé, principal vecteur de contamination croisée.
- Le port incorrect des équipements de protection (masques, gants, blouses) qui limite leur efficacité.
- La désinfection approximative du matériel médical ou des surfaces souvent touchées.
- La gestion défaillante des déchets et du linge souillé, augmentant l’exposition aux agents infectieux.
- Le non-respect des procédures lors des soins invasifs, comme les sondages urinaires ou les injections.
- La surveillance inadaptée de l’état de santé des résidents, conduisant à des diagnostics tardifs.
- Une formation insuffisante ou irrégulière des équipes, favorisant l’ancrage de mauvaises habitudes.
Prévenir les infections en EHPAD : les 7 erreurs à éviter impérativement
21 mars 2026
1. Négliger le lavage des mains ou mal le réaliser
Le nettoyage et la désinfection des mains restent le geste barrière le plus simple et le plus efficace pour éviter la transmission des micro-organismes. Pourtant, il est encore trop souvent sous-estimé ou bâclé. Selon l’INRS et Santé publique France, plus de 80 % des transmissions croisées passent par les mains, un chiffre qui reflète l’importance des rappels réguliers sur ce geste fondamental (source : Santé publique France, "Prévention des infections nosocomiales").
- Lavage trop rapide, zones oubliées (entre les doigts, pouces, ongles, poignets).
- Mauvais usage de la solution hydro-alcoolique (SHA) : application en quantité insuffisante, frottement trop court (moins de 30 secondes).
- Lavage aux mauvais moments (par exemple, utilisation de gants comme substitut du lavage).
- Absence de lavage entre deux soins ou lors du changement d’activité.
L’efficacité du lavage se joue sur la technique et la rigueur, mais aussi sur l’exemplarité : une équipe sensibilisée inspire l’ensemble de l’établissement, résidents inclus.
2. Porter les équipements de protection individuelle (EPI) de façon incorrecte
Les EPI, comme les masques, les gants ou les blouses, ne protègent efficacement que s’ils sont portés, retirés et jetés selon les règles. Les gestes quotidiens laissent trop place aux raccourcis ou aux oublis, transformant ces protections en vecteurs de contamination.
- Masque sous le nez, touches répétées au niveau du visage, manipulation du masque avec des mains non lavées.
- Gants portés d’un patient à l’autre sans changement ni désinfection des mains entre deux gestes.
- Blouses non fermées ou portées au mauvais moment, augmentant le risque de contact avec des agents pathogènes.
L’erreur réside rarement dans la bonne volonté mais bien dans la contrainte du rythme, la routine, ou la méconnaissance des protocoles. Le port des EPI doit être systématique et adapté à la situation, avec un rappel régulier des bons usages.
3. Désinfecter le matériel et les surfaces de façon incomplète
Le matériel de soin réutilisable, les plateaux, les chariots, mais aussi les poignées de porte, interrupteurs ou rampes, sont des réservoirs parfois insoupçonnés de germes (source : Haut Conseil de la Santé Publique, HCSP). Une désinfection superficielle ou irrégulière annule tous les autres efforts de prévention.
- Oubli de certaines surfaces ou objets « cachés » (bracelets d’appel, télécommandes, dossiers plastifiés, etc.).
- Produits désinfectants mal utilisés (temps de contact insuffisant, dilution erronée, application inadéquate).
- Réutilisation de chiffons ou de lingettes déjà souillés, favorisant la dissémination au lieu de la destruction des agents infectieux.
L’accumulation des risques devient une routine invisible. Se fonder sur une liste de vérification et rappeler l’importance de chaque étape constituent deux leviers puissants de correction.
4. Mal gérer les déchets à risque infectieux et le linge souillé
Les déchets d’activité de soins et le linge porteur de germes nécessitent une vigilance de tous les instants. Une manipulation inadaptée expose directement les soignants et indirectement les résidents à la dissémination microbienne.
- Bacs à déchets débordants, inaccessibles ou mal identifiés.
- Transfert du linge sans protection adéquate (sac soluble, port de gants).
- Tri défectueux entre déchets infectieux et déchets ménagers.
- Dépôt de linge souillé au sol ou dans les couloirs au lieu d’un circuit court et fermé.
Ces mauvaises pratiques s’expliquent souvent par le manque de matériel à disposition ou une pression temporelle. Pourtant, instaurer des routines sécurisées limite la transmission, aussi bien pour les soignants que pour le personnel d’entretien.
5. Ne pas respecter les protocoles lors des soins invasifs
Certains soins, même courants en EHPAD, comportent un risque majeur de contamination : pose de sondes urinaires, changement de pansements, injections, aspiration des sécrétions. Le non-respect strict des protocoles techniques (asepsie, stérilisation, nettoyage du site d’injection, etc.) multiplie les portes d’entrée pour les microbes (source : Ministère des Solidarités et de la Santé, Guide prévention des infections nosocomiales).
- Omission de la désinfection de la peau avant un acte invasif.
- Respect partiel du paquet technique stérile.
- Manque d’information du résident sur la procédure, augmentant son anxiété et ses mouvements réflexes.
- Précipitation dans le geste pour « gagner du temps ».
Un soin rapide mais mal fait est rarement anodin : infections urinaires, septicémies ou escarres infectées sont plus fréquentes dans ce contexte, impactant gravement la qualité de vie des personnes âgées.
6. Surveiller insuffisamment les signes précoces d’infection
Le repérage d’une infection chez une personne âgée est souvent rendu complexe par l’atypie des symptômes ou les troubles cognitifs. Il arrive fréquemment qu’une infection soit diagnostiquée avec retard car les signes critiques ont été minimes ou banalisés : fièvre absente, confusion inexpliquée, chute brutale, troubles digestifs soudains.
- Absence de traçabilité rigoureuse des paramètres vitaux ou des observations inhabituelles.
- Déficit d’échanges entre soignants lors des transmissions, conduisant à la perte d’information essentielle.
- Rareté des formations spécifiques sur les vulnérabilités infectieuses liées à la vieillesse.
Plus le diagnostic est précoce, plus les risques de complications sont réduits. D’où la nécessité de renforcer la vigilance et la communication inter-disciplinaire autour du moindre doute.
7. Manquer de formation continue et de culture commune de la prévention
La formation aux bonnes pratiques d’hygiène doit être régulière et accessible, au-delà de la période d’intégration ou des situations de crise. Or, la rotation des personnels, la fatigue, la surcharge ou la banalisation du risque conduisent à l’obsolescence des connaissances et à la réapparition d’automatismes dangereux. L’OMS estime que le seul respect des consignes d’hygiène de base permettrait d’éviter jusqu’à 30 % des infections nosocomiales, un chiffre marquant à rappeler (source : OMS, "Prévenir les infections associées aux soins de santé").
- Absence de briefing lors des recrutements saisonniers ou des remplacements ponctuels.
- Refus ou dévalorisation du questionnement des pratiques (« on a toujours fait comme ça »).
- Mauvaise diffusion des mises à jour réglementaires ou technologiques.
- Peu d’espaces de discussion inter-métiers, limitant la circulation de solutions réellement adaptées au terrain.
La prévention ne se réduit pas à une liste de gestes, mais s’entretient dans le dialogue, la formation et la volonté partagée de protéger collectivement les plus vulnérables.
Pour ancrer durablement la prévention
Éviter les infections nosocomiales n’est ni affaire de miracle, ni seulement de moyens techniques. C’est d’abord une question de régularité, de cohésion d’équipe et d’attention portée à de nombreux petits détails qui font la différence au quotidien. La force d’une EHPAD réside dans sa capacité à identifier ses failles sans jugement, à corriger humblement ses routines, et à redonner toute leur place à la transmission du savoir, du geste et de la responsabilité partagée. Face à la banalité du risque infectieux, c’est la vigilance au détail et la solidarité professionnelle qui forgent la première ligne de protection pour les aînés comme pour les équipes.
Pour approfondir ces points et accéder à des ressources officielles :
