Protéger soignant et résident : choisir la bonne protection pour les soins d’hygiène en chambre

13 juillet 2025

Pourquoi la protection lors des soins d’hygiène en chambre est-elle cruciale ?

Les soins d’hygiène en chambre restent, encore aujourd’hui, une source majeure d’exposition aux agents infectieux : bactéries multi-résistantes, virus, champignons et parasites. Selon la dernière étude de prévalence de Santé Publique France (2022), plus de 6% des résidents en EHPAD développent chaque année une infection associée aux soins. Or, un grand nombre de ces infections pourraient être évitées par l’application stricte des mesures barrières, à commencer par le port des équipements de protection individuelle adaptés (Santé Publique France). La protection ne concerne pas seulement la sécurité du soignant : elle prévient aussi la transmission croisée d’un résident à l’autre, contribuant à la sécurité collective au sein de l’établissement.

Principaux risques rencontrés lors des soins d’hygiène

Avant de détailler les protections requises, il s’agit de comprendre les risques concrets auxquels on s’expose :

  • Contact direct avec des liquides biologiques : urines, selles, sang, sécrétions.
  • Contact avec la peau lésée ou muqueuses.
  • Risque de projection lors de certaines manœuvres (change au lit chez une personne incontinente, toilette dite « au lavabo » avec frottement énergétique, aspiration des voies respiratoires, etc.).
  • Transmission manuportée : dispersion d’agents pathogènes par les mains ou les surfaces (même sans projection visible).

Il n’existe pas une réponse unique applicable à tous les soins. L’équipement de protection doit toujours être choisi en fonction de l’évaluation des risques propres à chaque situation.

Quels équipements de protection individuelle utiliser ?

La réglementation française, complétée par les recommandations de la HAS (Haute Autorité de Santé), de l’SF2H (Société Française d’Hygiène Hospitalière) et du CDC américain, fixe une liste d’équipements incontournables lors des soins d’hygiène en institution (SF2H).

Le port des gants à usage unique

Les gants constituent la protection de base pour tout soin exposant à un contact avec des liquides biologiques ou des surfaces souillées. Quelques points essentiels :

  • Ils doivent être portés juste le temps du soin exposant : trop de routines persistent où les gants sont mis dès l’entrée en chambre et conservés lors de diverses manipulations, générant une fausse sécurité et un risque accru de contamination croisée (INRS).
  • On privilégie les modèles en nitrile ou vinyle ; le latex reste réservé à certains usages spécifiques (demandes d’allergie chez le soignant ou le résident).
  • Ils protègent la peau, mais ne remplacent en aucun cas l’hygiène des mains avant et après chaque soin.

Santé Publique France rappelle par ailleurs que dans les EHPAD, 1/3 des infections à bactéries multirésistantes sont reliées à un défaut dans l’usage ou le changement des gants.

L’usage de la surblouse

La protection de la tenue professionnelle par une surblouse, jetable ou réutilisable, s’impose dès qu’il existe un risque de projection ou de contact massif avec des liquides biologiques :

  • Toilette complète au lit en cas d’incontinence sévère, soins de plaies souillées.
  • Manipulation de protections urinaires/faecales souillées.
  • Soins réalisés avec agitation importante du résident.

Attention : la surblouse ne doit pas traîner dans la chambre ou être portée de pièce en pièce. Elle se retire dès la fin du soin, avant de toucher d’autres surfaces (poignées de porte, matériel commun).

Masques et lunettes de protection : dans quels cas ?

Masque chirurgical et lunettes sont souvent moins utilisés en EHPAD lors de soins dits « standards ». Pourtant, certains gestes font la part belle aux projections :

  • Soins d’hygiène bucco-dentaire : manipulation de prothèses, brossage des dents.
  • Aspiration des sécrétions respiratoires.
  • Toilette de résidents présentant des troubles respiratoires (toux, expectorations).

Dans ces situations, un masque chirurgical (type II ou IIR) et/ou des lunettes de protection évitent une exposition directe des muqueuses : bouche, nez, yeux. On estime que 10 à 20 % des infections respiratoires chez les soignants en établissements médico-sociaux surviennent après une exposition lors de soins rapprochés (source : Santé Publique France et données de l’INRS).

Tableau récapitulatif : quelle protection pour quel soin ?

Type de soin d’hygiène Gants Surblouse Masque Lunettes
Toilette simple (sans incontinence) Oui Non Non Non
Toilette complète avec incontinence Oui Oui Si projection Si projection
Soins de plaies corporelles Oui Oui Si risque de projection Si risque de projection
Soins bucco-dentaires Oui Non Oui Oui
Aspiration trachéale, soins respiratoires Oui Oui Oui Oui
Change de protection urinaire seul Oui Oui si souillures importantes Non Non

Ce tableau reprend les recommandations de la SF2H (Société Française d’Hygiène Hospitalière, dernier guide 2024).

Points de vigilance à ne pas négliger

  • Toujours adapter la protection à la situation du résident : signes infectieux connus, troubles du comportement, agitation ou isolement pour infection nécessitent souvent un surcroît de vigilance.
  • Attention aux « habitudes » : il existe parfois une tendance à généraliser l’usage de certains équipements (mettre une surblouse pour tout soin, porter des gants en permanence) ou, à l’inverse, à les oublier systématiquement. L’évaluation préalable du soin est indispensable.
  • Importance de la formation : la Société Française d’Hygiène Hospitalière estime que plus de 70 % des non-conformités dans le port des équipements de protection sont dues à un manque de formation ou d’information régulière.
  • Gestion de la pénurie : lors de situations de tension sur les stocks (ex. : crises sanitaires), il est fondamental d’identifier les gestes à haut risque auxquels on ne dérogera jamais (toilette complète sale, aspiration) et ceux où une adaptation temporaire peut être envisageable sans mettre en danger soignant ou résident.

L’hygiène des mains : un geste indissociable de la protection

Le port d’une protection physique ne dispense jamais de l’hygiène des mains, élément central du dispositif de lutte contre la transmission. Les données de l’OMS montrent que les mains du soignant restent le vecteur principal d’agents pathogènes, même en présence de gants. Il est donc indispensable de :

  1. Réaliser une friction hydro-alcoolique (FHA) avant tout soin et dès le retrait des gants.
  2. Changer de gants entre chaque soin chez le même résident (par exemple après la toilette du siège, avant passage à une autre zone corporelle).
  3. Ne jamais se déplacer hors de la chambre avec des gants ou une surblouse usagée.

L’équipement protecteur est un « plus », mais il ne doit jamais remplacer le geste fondamental de l’hygiène des mains.

Mises en situation concrètes : bien réagir selon les contextes

Quelques exemples de situations vécues en EHPAD pour illustrer l’importance de l’adaptation des protections :

  • Résident confus, agité, qui refuse la toilette : le risque d’éclaboussures (eau, urine, selles, sécrétions) devient important. Surblouse et lunettes ou visière trouvent ici toute leur utilité, en complément des gants et du masque si proximité du visage.
  • Soins chez une personne sous isolement contact (gale, Clostridioides difficile, infection urinaire à BMR) : surblouse et gants sont obligatoires, mais il ne faut pas oublier de prévoir une double sortie des équipements — sortie du matériel sale dans un sac fermé, hygiène des mains rigoureuse avant toute manipulation de support de transmission ou d’ordinateur.
  • Soins rapides (ex. : aide à l’habillage, passage express pour relever un alèse propre) : dans ces situations, le port des gants peut ne pas s’imposer si aucun contact avec du linge ou de la zone souillée n’est nécessaire. La surprotection peut parfois desservir.
  • Soigné porteur d’une cathéter : lors de la toilette, le port de gants reste indispensable pour tout soin concernant la manipulation (lavage du point de ponction, changement de pansement), surtout si le résident est immunodéprimé.

Adapter la protection, une démarche d’équipe au quotidien

L’application des protections ne se réduit jamais à une démarche individuelle. L’évaluation des risques, la connaissance des procédures, la disponibilité du matériel, la formation et le retour d’expérience sont des éléments qui se construisent en équipe. La veille professionnelle et l’attention collective permettent de réduire le risque infectieux pour tous. Enfin, la personnalisation de la protection (prendre en compte l’état du résident, l’atmosphère du service, la saison) crée un climat de confiance au sein de l’équipe et auprès des familles.

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