Prévenir les escarres : l’importance du bon matelas médical en établissement

15 juin 2026

Pourquoi les escarres restent un défi majeur en EHPAD ?

Les escarres, également appelées "plaies de pression", sont des lésions cutanées douloureuses qui apparaissent principalement chez les personnes alitées ou à mobilité réduite. En EHPAD comme en structures médico-sociales, elles touchent entre 5% et 15% des résidents, selon l’Agence nationale de santé publique (source : Santé publique France). Elles sont synonymes de souffrance, de complications médicales, voire d’hospitalisations.

Prévenir ces lésions reste un défi au quotidien. Outre la mobilisation des équipes, le choix du matelas médical occupe une place centrale dans la stratégie de prévention.

Comprendre le lien : matelas, pression et escarres

Le principe est simple : l’immobilité prolongée exerce une pression continue sur certaines zones du corps (sacrum, talons, omoplates). Cette pression comprime les vaisseaux sanguins, privant les tissus d’oxygène et de nutriments. Le tissu meurt, la peau se dégrade, et l’escarre s’installe.

Le rôle du matelas est de répartir la pression sur une plus grande surface, réduisant la constriction des zones à risque. Mais tous les matelas ne se valent pas.

Les différents types de matelas médicaux : avantages, limites et usages

  • Matelas en mousse de haute résilience (HR)
    • Convient aux patients à risque faible à modéré d’escarres
    • Répartit la pression grâce à une mousse épaisse et dense
    • Attention à la durée de vie de la mousse, qui peut se tasser
  • Matelas à mémoire de forme
    • Epouse les formes du corps, meilleure redistribution de la pression
    • Adapté aux patients avec un risque modéré
    • Peut favoriser la chaleur, moins adapté si risque de macération
  • Matelas à air statique ou alternant (dynamique)
    • Indispensable pour les risques élevés ou chez patient déjà porteur d’escarre
    • Cellules d’air qui se gonflent et se dégonflent alternativement, modifiant les zones de pression
    • Demande une alimentation électrique et une surveillance adaptée
  • Matelas en gel ou à eau
    • Redistribution optimale de la pression, mais lourds et difficiles à manipuler
    • Utiles pour des situations spécifiques ou très localisées

Choisir le bon matelas en pratique : quels critères prendre en compte ?

  • Niveau de risque du résident
    • Utiliser des échelles d’évaluation reconnues (Braden, Norton) pour déterminer le niveau de risque
    • Adapter le matelas (mousse pour risques faibles, air dynamique pour risques élevés ou antécédents)
  • Poids et morphologie
    • Un résident corpulent répartira différemment la pression ; les spécifications techniques du matelas doivent être adaptées
  • Mobilité restante
    • Plus le patient est dépendant, plus il sera utile d'investir dans un système dynamique
  • Présence d’escarres existantes
    • En cas d’escarre déjà présente, préférer toujours un matelas à air alternant
  • Habitudes de vie, confort et acceptabilité
    • Certains résidents n’acceptent pas le bruit ou les vibrations des systèmes dynamiques, d’où l’importance de discuter avec la personne
  • Facilité d’entretien et hygiène
    • Privilégier des housses étanches, lavables, résistantes aux désinfectants
  • Budget et renouvellement
    • Pensez à la durée de vie du produit ; certains matelas s’altèrent rapidement et perdent leur efficacité

Comparatif rapide des principaux matelas médicaux (exemple synthétique)

Type de matelas Pour quel risque ? Points forts Limites
Mousse HR Faible à modéré Confort, prix abordable Moins efficace si patient très dépendant, durée de vie limitée
Mémoire de forme Modéré Adaptation morphologique, réduit points de pression Chaleur, prix
Air alternant Élevé/Esccarre existante Prévention très efficace, dynamisme Coût, bruit, entretien
Gel/Eau Modéré à élevé (et situations spécifiques) Bonne répartition pressions Lourd, peu maniable

L’erreur la plus fréquente : mal anticiper l’évolution du risque

Trop souvent, le changement de matelas intervient quand l’escarre commence à apparaître, voire après. Or, la prévention doit commencer dès l’entrée en institution et s’adapter régulièrement à l’évolution de l’état du résident (perte de mobilité après infection, aggravation d’une pathologie, etc.).

Le renouvellement des évaluations des risques – et l’ajustement du matériel – est fondamental pour agir avant l’apparition d’une lésion.

Associer le bon matelas à des pratiques d’équipe efficaces

Aucun matelas, même sophistiqué, ne remplace la vigilance de l’équipe soignante et une politique de prévention globale. D’après la Haute Autorité de Santé (HAS), la prévention des escarres repose sur un ensemble de mesures complémentaires.

  • Mobilisation fréquente (changement de position toutes les 2 à 3 heures si possible)
  • Observation régulière des zones à risque
  • Hydratation et état nutritionnel adaptés (le risque d’escarre est doublé en cas de dénutrition, selon le réseau Soins et Santé)
  • Hygiène de la peau (toilette douce, sécher soigneusement les plis)
  • Formation continue de l’équipe aux bonnes pratiques

Un matelas adapté complétera utilement ces mesures, mais ne dispense jamais d’adapter la prise en charge globale à la fragilité de chacun.

Quelques chiffres-clés pour mesurer l’impact d’un bon choix de matelas

  • Jusqu’à 50% de réduction de l’incidence des escarres grâce au bon matériel (HAS, rapport 2023)
  • Le coût d’une escarre sévère décaisse environ 5 à 6 000 euros (prise en charge médicale et prolongation du séjour, source : Assurance Maladie)
  • 1/3 des escarres pourraient être évitées par une meilleure efficacité des stratégies de prévention (ANSM, Observatoire des dispositifs médicaux)

Questions fréquentes sur les matelas médicaux en établissements

  • “Un surmatelas suffit-il ?” Un surmatelas peut améliorer le confort, mais il n’apporte jamais la prévention d’un vrai matelas médical. Pour un résident à risque, il faut privilégier un dispositif complet, validé pour la prévention des escarres.
  • “Faut-il vraiment remplacer le matelas tous les 3 à 5 ans ?” La durée de vie dépend de l’intensité d’utilisation et des matériaux. La mousse perd effectivement ses propriétés au bout de 3 à 5 ans en usage continu. Pensez à vérifier régulièrement l’état du matelas.
  • “Peut-on désinfecter facilement un matelas médical ?” Les housses imperméables, souvent conçues en textile technique ou en polyuréthane, permettent une désinfection facile. Il est essentiel de respecter les recommandations du fabricant pour éviter d’altérer le matériau.

Prévention : l’alliance du matériel et de l’humain

Face au risque persistant des escarres, le choix d’un matelas médical adapté constitue un investissement concret dans la qualité de vie, la sécurité et le bien-être des résidents. C’est une décision qui doit s’accompagner d’une attention constante aux évolutions de la personne et d'un travail d’équipe coordonné.

En établissement, la culture de la prévention, le dialogue avec le résident et ses proches, la formation régulière des équipes et l’évaluation continue des risques sont les véritables piliers d’une prise en charge efficace.

Pour approfondir le sujet, il est recommandé de consulter les avis publiés par la HAS, les recommandations de l’ANSM, ou encore les ressources de France Assos Santé. Ceux-ci proposent des grilles d’évaluation, des fiches conseils et des retours d’expérience utiles pour choisir le matériel le plus pertinent selon chaque situation.

En savoir plus à ce sujet :