Comprendre et appliquer les 5 moments clés pour l’hygiène des mains en établissement de santé

29 octobre 2025

Pourquoi des moments précis pour l’hygiène des mains ?

L’hygiène des mains est la première barrière contre la transmission des micro-organismes dans les établissements de santé. Malgré les évidences scientifiques accumulées au fil des décennies, le respect de cette mesure simple reste imparfait, souvent par méconnaissance ou par routine installée. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a donc défini cinq moments précis pour la désinfection ou le lavage des mains, afin de cadrer les pratiques et limiter efficacement le risque infectieux.

La transmission croisée des agents pathogènes au sein des structures comme les EHPAD, les hôpitaux ou les MAS est responsable d’une part majeure des infections associées aux soins, qui touchent chaque année environ 6 % des patients hospitalisés en France, selon Santé Publique France. Des gestes précis, réalisés au bon moment, peuvent considérablement faire baisser ce taux.

Quels sont les 5 moments clés de l’hygiène des mains selon l’OMS ?

Les recommandations de l’OMS s’appliquent à tous les professionnels du soin, mais aussi à toute personne amenée à approcher ou toucher un résident ou son environnement immédiat. Les 5 moments définis par l’OMS (source : OMS, Cinq moments pour l’hygiène des mains) sont les suivants :

  1. Avant de toucher un patient/résident
  2. Avant un geste aseptique
  3. Après un risque d’exposition à un liquide biologique
  4. Après avoir touché un patient/résident
  5. Après avoir touché l’environnement du patient/résident

Visualiser les 5 moments clés : quand, comment, pourquoi ?

Moment Exemple concret Objectif
Avant de toucher un patient Prendre la tension, installer un résident Éviter de transmettre des microbes au patient/résident
Avant tout geste aseptique Pose de sonde urinaire, préparation d’un pansement Protéger le patient contre l’introduction d’agents pathogènes dans son organisme
Après risque d'exposition à des liquides biologiques Contact avec du sang, de l’urine, des selles Protéger soi-même et éviter de disséminer des micro-organismes
Après avoir touché un patient Soutenir pendant la marche, aider à la toilette Se protéger et protéger l’entourage
Après avoir touché l'environnement du patient Remettre un coussin, manipuler la sonnette Interrompre la chaîne de transmission via l’environnement

L’importance de chaque moment : éclairage pratique

1. Avant de toucher un patient ou un résident : prévenir, non réagir

C’est un réflexe à cultiver : toute entrée en contact, même « banale », doit débuter par une friction hydro-alcoolique ou un lavage main. Selon l’OMS, 80 % des transmissions de micro-organismes se font par contact direct ou indirect avec les mains. Serrer une main, rassurer un résident par un geste attentionné : ces moments humains sont aussi des risques, d’où l’importance d’agir avant.

2. Avant un geste aseptique : protéger la porte d’entrée

Un geste aussi simple que la pose d’une perfusion, la manipulation d’un cathéter ou l’instillation de collyres fournit une porte d’entrée potentielle aux agents pathogènes. Même si les gants sont utilisés, l’hygiène des mains avant reste impérative : les gants peuvent être micro-perforés ou contaminés lors de leur enfilage. Il a été montré que jusqu’à 18 % des gants utilisés en soins sont perforés (source : Revue Hygiène & Sécurité, 2022).

3. Après un risque d’exposition à des liquides biologiques : protéger le soignant et l’entourage

Le contact avec du sang, des excrétions, ou d’autres liquides organiques expose à des germes parfois très virulents (virus, Clostridioïdes difficile, etc.). Mais il expose aussi l’entourage, si la désinfection des mains n’est pas immédiate ensuite. En 2021, il a été démontré qu’une désinfection après exposition réduit de 75 % les risques de transmission croisée dans les EHPAD (ANSM).

4. Après avoir touché un patient/résident : penser à la chaîne

Le contact avec la peau ou les vêtements du résident, même en l’absence d’acte médical, suffit à charger les mains en bactéries. Toucher ensuite une poignée de porte, un chariot ou un dossier expose les autres. D’après une étude du CHU de Nancy (2020), 40 % des surfaces fréquemment touchées dans les chambres de résidents sont contaminées juste après un soin si la friction des mains n’a pas été faite.

5. Après avoir touché l’environnement du patient/résident : ne pas sous-estimer l’environnement

Les supports de chevet, les barrières de lit, et tout objet de l’entourage immédiat peuvent abriter des bactéries multirésistantes, parfois jusqu’à plusieurs semaines (source : Institut Pasteur). Un geste rapide, juste avant de sortir de la chambre ou de toucher du matériel commun, est donc crucial.

Hygiène des mains : friction hydro-alcoolique ou savon ?

L’OMS recommande majoritairement la friction hydro-alcoolique (FHA), car elle nécessite peu de temps (20 à 30 secondes) et est bien mieux acceptée dans la routine quotidienne. Sauf en cas de mains visiblement sales ou souillées, où le lavage à l’eau et au savon est indispensable.

  • FHA : désinfecte rapidement, nécessite peu d’eau, élimine la plupart des agents pathogènes.
  • Lavage au savon : à privilégier quand les mains sont sales, après le passage aux toilettes, ou après un contact avec des spores (ex : C. difficile).

Petit rappel : l’utilisation excessive de gants peut donner un faux sentiment de sécurité. Les gants ne remplacent pas une friction ou un lavage efficace, et doivent toujours être associés à une hygiène des mains avant et après leur emploi.

Les freins et leviers à l’application des « 5 moments » sur le terrain

Si le message est clair, la réalité du terrain est plus complexe. Plusieurs études et observations remontent les principaux freins :

  • Charge de travail élevée : un professionnel réalise en moyenne 8 à 30 soins par heure, rendant la mémorisation des moments ardue (source : SHEA JOURNAL, 2021).
  • Accessibilité des produits hydro-alcooliques : avoir une solution à portée de main (poche, murs, chariots) augmente la compliance de près de 50 %.
  • Formation initiale et rappels réguliers : la formation continue, des rappels visuels, des ateliers pratiques améliorent de façon notable l’observance.
  • Soutien de l’équipe et de l’encadrement : l’exemplarité des cadres et des référents crée un cercle vertueux.

À noter que l’OMS propose également des supports visuels simples et des outils d’auto-évaluation pour les équipes, afin d’ancrer ces réflexes dans la durée et de maintenir leur caractère systématique.

L’hygiène des mains : un geste simple, un impact collectif

L’hygiène des mains, répétée aux cinq moments clés, est bien plus qu’un réflexe individuel : c’est une chaîne de protection collective, qui bénéficie au résident, au soignant et à toute la communauté de vie. On estime qu’un simple respect systématique de ces moments permettrait d’éviter environ 20 000 infections associées aux soins chaque année en France (Santé Publique France).

Intégrer ces cinq moments dans son quotidien n’est pas seulement répondre aux exigences d’un protocole, c’est donner du sens à chaque soin. Un geste d’hygiène répété, c’est un pas de plus vers des établissements plus sûrs, plus humains et plus solidaires.

Pour aller plus loin :

  • OMS – Les 5 moments pour l’hygiène des mains
  • Santé Publique France – Tableau de bord des infections associées aux soins
  • Institut Pasteur – Fiches pratiques hygiène
  • ANSM – Bonnes pratiques d’hygiène en établissement médico-social

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