Susciter l’engagement des résidents et familles : clef d’une prévention partagée en établissement

29 août 2025

Les piliers d’une implication réussie : information claire, dialogue et personnalisation

Chaque établissement est unique, chaque personne aussi. Pour que résidents et proches s’approprient les bonnes pratiques, trois leviers sont fondamentaux :

  • Une information accessible : Adopter un langage simple et direct, éviter le jargon, recourir à des supports visuels adaptés.
  • Un dialogue continu : Multiplier les temps d’échange, écouter sans juger, tenir compte des vécus, des attentes et des inquiétudes.
  • Une personnalisation de l’accompagnement : Adapter formats et rythmes d’information aux particularités de chaque résident (autonomie, compréhension, parcours médical).

Il est prouvé que la compréhension réelle d’une règle ne dépend pas seulement de son explication initiale, mais de sa répétition, de sa contextualisation, et de la mise en situation (HAS, 2019).

Connaître les besoins des résidents et des familles : première étape indispensable

La diversité des publics en établissement médico-social rend toute démarche d’information à « sens unique » vouée à l’échec. Selon l’âge, l’état de santé, l’origine socioculturelle, ou les antécédents, la capacité à s’approprier une bonne pratique variera énormément. Quelques exemples concrets :

  • Des études montrent que près de 30 % des résidents en EHPAD présentent des troubles cognitifs modérés ou sévères (source : DREES, 2023).
  • Dans les enquêtes sur les familles (étude Menut et coll., 2022), près de 40 % des proches se disent « inquiets » à l’idée de ne pas savoir comment accompagner ou prévenir les risques d’accident ou d’infection au quotidien.

Écouter et questionner lors des entretiens d’admission, des réunions d’accueil, ou dès qu’un changement de situation l’exige, permet de cibler l’effort d’information.

Outils et instruments au service de la compréhension : le choix du support a un impact réel

Contrairement à certaines idées reçues, la pédagogie n’est pas l’apanage du papier ou du discours formel. Les établissements les plus avancés diversifient leurs supports :

  • Affiches et pictogrammes : Placer dans les espaces communs des messages illustrés (pour le lavage des mains par exemple) améliore de 20 à 40 % l’application des consignes (Santé Publique France).
  • Réunions interactives : Proposer des ateliers sécurité, hygiène ou gestes barrières avec démonstration concrète (utilisation du gel hydroalcoolique, mise en place du masque, gestion des déchets...)
  • Livrets personnalisés : Un petit guide remis à l’accueil ou au « moment clé » d’un changement important (sortie d’hospitalisation, période épidémique).
  • Vidéos pédagogiques courtes : À diffuser lors des moments collectifs ou sur une tablette, pour rendre visibles les gestes à adopter (HAS, 2021).
  • Quiz et jeux pédagogiques : Pour stimuler la mémoire, la curiosité et désamorcer l’anxiété autour des règles (programme « Jeu, apprends, comprends », ARS Occitanie).

Les supports choisis doivent être renouvelés et évalués. Demander un retour aux utilisateurs fait souvent apparaître des corrections simples : police trop petite, pictogramme mal compris, vocabulaire trop technique…

Le rôle clef des professionnels : médiateurs et traducteurs du quotidien

Un professionnel convaincu sera toujours plus à même de faire passer un message. Ce sont eux, chaque jour, qui rendent visibles les liens entre pratiques d’hygiène et qualité de vie. Leur présence régulière et leur connaissance des personnes facilitent une transmission adaptée. Les retours de terrain le montrent :

  • Un aide-soignant ou une infirmière qui explique et réexplique sans jugement pourquoi il est important de se laver les mains, d’aérer une chambre, de signaler tel ou tel symptôme, réussit toujours mieux à faire adhérer.
  • La notion d’« équipe de référence » (un petit nombre de soignants identifiés par résident et famille) apporte un repère et une confiance accrue dans le dialogue.
  • Lorsqu’un professionnel cite des exemples vécus, montre des statistiques du service, ou partage une réussite collective, l’auditoire (résidents comme familles) retient mieux l’information (source : CCLIN Sud-Ouest, 2020).

Il est également important de former les nouveaux arrivants au sein de l’équipe à la pédagogie et à l’écoute active : chaque professionnel est ainsi un « relais » essentiel entre institution et usagers.

Démystifier, rassurer, impliquer : stratégies face aux résistances et aux peurs

Les résistances ne sont pas rares. Peur de la stigmatisation (« Je ne veux pas paraître sale »), défiance envers un discours perçu comme infantilisant, lassitude (« encore une règle !»), ou incompréhension culturelle sont des freins concrets. Comment agir ?

  1. Rendre visible l’utilité : expliquer que lors des épidémies hivernales 2022-2023, une meilleure application des gestes barrières en EHPAD a permis de réduire de 30 % les transmissions groupées de grippe ou de Covid-19 (Santé Publique France, 2023).
  2. Dédramatiser l’erreur : insister sur le droit à l’oubli, encourager les progrès, éviter la sanction systématique en cas de non-respect, mais expliquer les risques réels.
  3. Valoriser l’expérience des « anciens » : certains résidents ou familles, à force d’expériences, deviennent naturellement des « ambassadeurs » des bonnes pratiques auprès des nouveaux arrivants.
  4. Donner la parole : lors de groupes d’expression ou de cafés-rencontres, permettre d’échanger sur ce qui fait peur ou questionne, mais aussi sur ce que chacun trouve efficace concrètement.

L’écoute bienveillante et l’absence de jugement sont déterminantes pour faire tomber la défiance.

Placer la co-construction au centre : ateliers et projets participatifs

Impliquer ne veut pas dire imposer. Les projets réellement porteurs sont ceux construits avec les personnes concernées, pas seulement « pour » elles. Quelles formes cela peut-il prendre ?

  • Ateliers d’expression sur l’hygiène de vie : rédaction collective de chartes de vie, réflexion sur les horaires de visites ou d’aération…
  • Journées à thème : une « semaine de la prévention » où familles, résidents et professionnels partagent savoir-faire et astuces pratiques (HAS, retour d’expériences 2020-2022).
  • Formations croisées : familles et résidents invités aux modules de formation interne, pour vivre de l’intérieur la réalité du soin et mieux comprendre les contraintes.
  • Comité d’usagers : présence de familles et résidents dans le comité d’évaluation des pratiques, afin d’avoir un avis direct sur ce qui fonctionne ou non.

Les résultats sont encourageants : dans les structures ayant testé ce type d’initiative, on note une progression durable de l’adhésion aux recommandations et une baisse du sentiment d’isolement et d’inquiétude chez les proches (source : Fédération des EHPAD Associatifs).

Informer dans la durée : régularité et adaptabilité, des clefs pour tenir dans le temps

Tout réflexe, toute bonne habitude, s’installe avec la répétition et le temps. S’assurer que l’information ne s’essouffle pas suppose :

  • De relancer régulièrement les messages principaux sans lasser : changer les supports, renouveler l’angle d’approche, varier les intervenants.
  • D’adapter aux périodes critiques : alerter de façon particulière lors des périodes d’épidémie, de canicule ou d’arrivée de nouveaux résidents.
  • D’encourager les initiatives locales : chaque structure peut créer ses affiches, ses réunions, ses concours de bonnes idées ou ses capsules vidéo.

C’est souvent l’animation d’un référent « hygiène et bientraitance » qui permet de maintenir le cap et de faire circuler l’information entre direction, équipes, usagers et familles.

Donner du sens et encourager la fierté collective

L’adhésion ne vient pas d’une accumulation de consignes, mais du sens que chacun y trouve. Prendre part à la sécurisation d’un lieu de vie, c’est se sentir utile, protecteur pour soi et pour l’autre. Célébrer les réussites (diminution des infections, nouveaux aménagements suite à une proposition) et remercier l’investissement de tous, même symboliquement, entretient cette dynamique positive.

Les établissements où résidents et familles sont acteurs des bonnes pratiques voient naître des lieux plus sûrs, ouverts au dialogue, où chacun prend sa place dans la prévention. Les conditions sont alors réunies pour que la qualité de vie et la prévention des risques avancent ensemble et durablement.

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