Comment entretenir et garantir l’hygiène des matelas anti-escarres en établissement médico-social ?

17 juin 2026

Pourquoi l’hygiène des matelas anti-escarres est une priorité en EHPAD et en structures médico-sociales

Les matelas anti-escarres sont des dispositifs médicaux essentiels qui, jour après jour, protègent l’intégrité cutanée des personnes les plus fragiles. Près de 9% des résidents en EHPAD sont concernés par les escarres selon la Haute Autorité de Santé (HAS, 2019). Pour prévenir ces risques, le matelas adapté ne suffit pas : son entretien et son hygiène sont aussi déterminants pour assurer hygiène, sécurité et qualité de vie aux personnes accompagnées.

Des matelas mal nettoyés peuvent devenir le point de départ d’infections (bactéries, virus, champignons) et d’odeurs désagréables, impactant directement la dignité et le confort des résidents. Les agents pathogènes sont capables de survivre plusieurs jours sur les surfaces textiles ou plastifiées. Les protocoles de nettoyage et d’entretien font donc pleinement partie de la politique de prévention des infections (source : Recommandations du GREPHH, 2018).

Comprendre la composition et la sensibilité des matelas anti-escarres

Avant d’établir une routine de nettoyage, il est essentiel de connaître la structure d’un matelas anti-escarres :

  • Noyau interne : mousse à mémoire de forme, fibres ou cellules d’air alternantes (matelas à air dynamique).
  • Housse de protection : matière imperméable, souvent en polyuréthane, respirante pour limiter la macération, zippée pour être retirée facilement.

Cette conception deux-en-un impose donc des attentions spécifiques : chaque composant a ses propres contraintes de nettoyage, et une détérioration peut rendre le matelas inutilisable ou non conforme.

Nettoyage quotidien : gestes simples et protocoles recommandés

La routine d’entretien dépend du type de matelas (statique ou dynamique), de son utilisateur et des recommandations du fabricant. Voici les étapes clés à retenir :

  1. Préparation du matériel de nettoyage
    • Lavage des mains et port de gants à usage unique.
    • Plan de travail dégagé, chariot propre, produits adaptés (détergent/désinfectant homologués).
  2. Désinfection de la housse externe
    • Après le change, l’hygiène corporelle ou en cas de souillure visible, nettoyer la housse avec un produit détergent-désinfectant (norme NF EN 14476 pour les virus, norme NF EN 13727 pour les bactéries et levures).
    • Bannir les chiffons abrasifs ou produits à base de javel pure qui endommagent le tissu. Préférer les lingettes ou lavettes à usage unique.
  3. Séchage
    • Laisser sécher à l’air libre ou essuyer avec un linge propre, jamais en plein soleil ni avec un sèche-cheveux (fragilise le revêtement).
  4. Vérification visuelle
    • Inspecter la housse à chaque manipulation. Rechercher fuites, trous, zip défectueux ou traces suspectes. Signaler et réformer sans attendre.

Nettoyage approfondi lors d’une souillure ou d’un changement de résident

Un nettoyage curatif doit être systématique après toute contamination biologique (sang, urine, selles ou liquides biologiques) ou lors de l’accueil d’un nouveau résident. Voici le protocole :

  1. Retirer la housse amovible si possible, en évitant de disperser les traces.
  2. Nettoyer la housse selon les préconisations du fabricant :
    • Lavage en machine à 60°C minimum avec lessive hospitalière.
    • Séchage sur fil. Les housses en polyuréthane sont peu compatibles avec le sèche-linge, qui les fragilise rapidement.
    • Si lavage manuel, utiliser un produit détergent-désinfectant, rincer soigneusement, sécher à l’air libre.
  3. Désinfecter le matelas intérieur :
    • Passer une lavette propre imprégnée de produit détergent-désinfectant (compatible avec matériau).
    • Éviter tout excès d’eau (risque d’altération du noyau).
  4. Inspection minutieuse avant la remise en service.

Erreurs fréquentes à éviter dans l’entretien des matelas anti-escarres

  • Habitude de couvrir le matelas d’alèses imperméables épaisses : celles-ci nuisent à la respirabilité et favorisent la macération, limitant l’effet anti-escarre.
  • Nettoyage à la vapeur ou utilisation de jets d’eau : souvent déconseillé par les fabricants (exemple : Systam, Invacare), accélère la dégradation.
  • Non-respect du temps de contact des produits (souvent 5 à 15 minutes selon l'ANSES).

Fréquence recommandée pour un entretien optimal

Période Action Spécificité
Après chaque change/hygiène Nettoyage de la housse externe Détergent-désinfectant, vérification visuelle
1 fois par semaine Contrôle intégral du matelas Vérification de l’état, hygiène globale
Après toute souillure accidentelle Nettoyage approfondi Retrait et lavage de la housse, désinfection du noyau
Changement de résident Protocole complet de désinfection Avant réinstallation

Précautions particulières pour les matelas à air dynamique

Les matelas dynamiques, à air alternant, requièrent une attention supplémentaire :

  • Débrancher l’appareil avant tout nettoyage.
  • Éviter toute pénétration d’eau à l’intérieur des cellules. Utiliser un chiffon humide et non trempé.
  • Contrôler la tubulure et la pompe : nettoyer l’extérieur sans immerger, vérifier l’absence de fuites d’air, de bruits suspects ou d’usure prématurée.
  • Faire fonctionner la pompe régulièrement même en période creuse pour garantir sa longévité (conseil fabricants – Systam, Arjo, Invacare).

Traceabilité et formation des équipes : piliers de la prévention

La bonne pratique exige une traçabilité documentée des entretiens et désinfections. Les registres dédiés permettent de garantir le respect du protocole mais aussi de retracer l’origine d’un incident infectieux si besoin.

  • Tenir un registre ou une fiche individuelle par matelas : date de nettoyage, imputation du personnel, anomalies constatées.
  • Former et sensibiliser régulièrement les équipes à l’importance de ces gestes, du choix du bon produit à l’identification des signes de dégradation.

Des audits internes et des mises à jour régulières des procédures sont recommandés (Voir recommandations GREPHH, 2018 ; HAS, 2019).

Quand remplacer un matelas anti-escarres ? Signaux d’alerte à surveiller

Même le meilleur entretien ne suffit pas à enrayer l’usure du matériel après des années d’usage intense. Voici ce qui doit alerter :

  • Housse déchirée, endommagée ou ne tenant plus sur le matelas.
  • Matelas qui ne reprend plus sa forme initiale ou s’affaisse.Pour les modèles à air : cellules qui ne gonflent plus, fuites, problèmes de tuyauterie ou de bruit.
  • Odeurs persistantes malgré le nettoyage, moisissures visibles.

Un matelas défectueux ne protège plus des escarres et peut même aggraver le risque d’infection. Prendre contact avec le service maintenance ou le fournisseur est primordial dès les premiers signes.

Pour aller plus loin : adapter l’entretien aux populations et aux contextes

L’hygiène et l’entretien des matelas anti-escarres ne s’improvisent jamais, surtout en secteur gériatrique, polyhandicap ou psychiatrique. Chaque situation doit être adaptée : présence d’infections (Clostridium difficile, gale…), incontinence sévère, ou contexte épidémique (Covid, grippe).

  • Renforcer la fréquence des nettoyages en période de circulation virale ou bactérienne.
  • Collaborer avec le médecin hygiéniste pour définir les protocoles lorsque des germes résistants sont identifiés.
  • S’appuyer sur le Guide Pratique « Prévention des infections associées aux escarres » (HAS, 2019) et les fiches pratiques des fournisseurs pour ajuster les modalités.

La prise en charge doit demeurer personnalisée, pragmatique, réajustée à l’évolution des situations et des connaissances.

L’hygiène des matelas : une vigilance discrète mais essentielle

Au-delà de la technique, l’entretien des matelas anti-escarres incarne une attention de chaque instant : discrète, mais décisive pour la dignité, la santé et le confort des personnes fragiles. Systématiser ces gestes, favoriser la formation, anticiper l’usure et adapter les procédures, c’est affirmer la place du soin dans sa globalité, jusque dans ces détails souvent invisibles mais essentiels.

Sources principales utilisées : HAS « Prévention et prise en charge des escarres », GREPHH « Guide d’Hygiène des surfaces », ANSES, Recommandations Systam / Invacare / Arjo (fournisseurs), retours terrain EHPAD.

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