Maîtriser les gestes essentiels autour des équipements de protection au quotidien

5 août 2025

Pourquoi les gestes d’avant et d’après utilisation comptent autant que l’équipement lui-même

L’attention se focalise souvent sur le choix de l’équipement adapté : masque, gants, surblouse, charlotte… Mais la science montre que la majorité des contaminations surviennent par mauvais usage, aussi bien lors de la mise en place que lors du retrait (Eurosurveillance, 2008).

  • 40 % des contaminations respiratoires lors d’épidémies nosocomiales sont liées à une mauvaise gestion des EPI (SF2H, 2021).
  • Le contact avec la face externe du masque ou des gants après un soin multiplie par quatre le risque de transmission croisée (CDC).

Chaque étape – lavage des mains, contrôle de l’état de l’équipement, respect de la séquence d’habillage/déshabillage – concourt à la chaîne de sécurité. Un geste simple mal exécuté peut rendre inefficace tout un dispositif de protection.

Les étapes incontournables avant d’enfiler un équipement de protection

L’efficacité d’un EPI commence bien avant sa pose. Adopter une routine préparatoire rigoureuse protège autant le soignant que la personne accompagnée.

1. Hygiène des mains : le fondement de toute procédure

  • Lavage à l’eau et au savon : impératif si les mains sont souillées ou avant une longue intervention (OMS).
  • Friction hydro-alcoolique : pour toute utilisation rapide ou avant d’enfiler un masque/gants sur mains visuellement propres. Un geste de 30 secondes minimum avec séchage complet (SF2H).

Ce réflexe prévient la contamination des EPI dès leur manipulation. À noter que plus de 64 % des professionnels omettent au moins une indication d’hygiène des mains lors des séquences EPI, selon une étude menée en EHPAD par Santé publique France (2021).

2. Inspection et préparation de l’EPI

  • Vérifier l’intégrité du matériel (absence de déchirure, date de péremption, absence d’humidité ou d’altération - incontournable pour les masques FFP2, par exemple).
  • S’assurer d’avoir à portée de main tout le nécessaire pour ne pas interrompre la séquence (gants à la bonne taille, surblouse adaptée, masque conforme).

Une planification claire minimise les risques d’aller-retour et donc de contamination environnementale.

3. Préparer le lieu d’intervention

  • Limiter les objets personnels à proximité du soin.
  • Désinfecter les surfaces qui seront en contact avec le matériel ou l’utilisateur.
  • S’assurer d’une zone de dépôt des EPI usagés, à proximité immédiate de l’action.

C’est un maillon souvent négligé, mais il permet d’éviter la contamination des espaces annexes et favorise le respect du circuit du propre et du sale.

Gestes clés lors de l’utilisation des EPI : manipuler sans compromettre la barrière

Porter un EPI sans précaution peut engendrer des failles dans la chaîne de prévention. Les études mettent en avant certains gestes mal exécutés à surveiller.

  • Éviter de toucher la face externe des masques ou des gants après les avoir positionnés. Le risque de transfert est immédiat et direct.
  • Ne jamais remanipuler un masque pour le repositionner sur le visage ; si besoin, il doit être changé.
  • Respecter la durée d’efficacité : un masque chirurgical doit être changé toutes les 4 heures ou avant s’il est humide, les gants doivent être changés entre deux actes différents.
  • Ne pas porter plusieurs paires de gants dans l’espoir d’augmenter la protection ; cela augmente la transpiration, favorise la macération et complique le retrait sans souillure (SF2H).

Le respect de ces pratiques réduit la dissémination des agents infectieux. Selon une synthèse de l’ANSES, la contamination environnementale croisée peut être divisée par deux quand la séquence de port/retrait est respectée à la lettre.

Après l’utilisation : retrait méthodique pour éviter l’auto-contamination

D’après les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), 70 à 80 % des actes d’auto-contamination surviennent lors du retrait des équipements, particulièrement quand la séquence n’est pas respectée ou quand le retrait est précipité. Le retrait doit donc obéir à une logique stricte, du plus « sale » au plus « propre », pour maintenir une zone de sécurité.

1. Ordre de retrait recommandé

  1. Retirer les gants en premier (ils sont les plus exposés aux souillures directes).
  2. Retirer ensuite la surblouse, en évitant de toucher la face externe et en se désolidarisant doucement pour ne pas soulever de particules dans l’air.
  3. Se frictionner les mains avec une solution hydro-alcoolique après le retrait de chaque pièce.
  4. Enlever enfin le masque en l’attrapant par les élastiques ou les liens uniquement, sans toucher la partie frontale.
  • L’ordre peut varier si d’autres éléments (lunettes de protection, visières) sont portés, mais le principe de précaution reste : ne pas repasser une main potentiellement souillée sur le visage ou les cheveux.

2. Gestion des EPI usagés

  • Jeter immédiatement dans un conteneur adapté, fermé, idéalement à pédale (afin de ne pas toucher le couvercle avec les mains souillées).
  • Ne jamais conserver ou réutiliser un équipement à usage unique même tissé, sauf situation d’exception balisée par une procédure spécifique.

Une étude publiée en 2022 (Infection Control & Hospital Epidemiology) signale que 1 à 3 % des gants ou masques sont parfois réutilisés en l’absence de rupture d’approvisionnement, avec un risque accru d’infections croisées.

3. Hygiène des mains : l’étape du « rappel »

C’est souvent l’étape la plus sous-estimée. Il est conseillé de réaliser une hygiène des mains systématique :

  • Après chaque retrait d’un élément d’EPI (gants, surblouse, masque).
  • Avant de toucher une surface propre, un téléphone ou toute partie de soi non protégée.

Cet « ancrage » agit comme un double verrou de sécurité.

Erreurs fréquentes et pistes pour renforcer la sécurité

Dans la réalité du quotidien, certaines erreurs reviennent régulièrement, même chez le personnel formé :

  • Habituer à un geste répétitif, on peut accélérer et négliger une étape.
  • Minimiser l’importance d’un EPI en dehors d’une « alerte épidémique ».
  • Laisser un masque pendre sous le menton, ou repositionner ses gants après avoir touché une surface souillée.

Pour réduire ces risques :

  • Mettre en place des affichages clairs et visibles aux points de sortie et d’entrée de chaque zone de soins.
  • Encourager la supervision croisée entre pairs pour signaler une étape oubliée ou mal réalisée.
  • S’organiser en « mentorat » lors de la formation initiale ou continue, surtout avec le renouvellement d’équipes ou dans les périodes de tension sanitaire.

Le Programme national de prévention des infections associées aux soins (Propias, 2015-2025) recommande d’intégrer systématiquement un module pratique de retrait des EPI dans les formations annuelles pour les professionnels du secteur médico-social.

Capitaliser sur les bons gestes : l’enjeu du quotidien

Les équipements de protection sont des alliés précieux, à condition que chaque geste, chaque étape, soit maîtrisée avec exigence et simplicité. La profondeur des protocoles doit s’accompagner d’adaptations pragmatiques, adaptées au rythme et aux contraintes des structures, pour devenir un réflexe partagé, au-delà des périodes de crise.

Dans les établissements médico-sociaux, chaque gain de vigilance sur ces gestes se traduit en protection concrète, visible, pour les résidents, les soignants et l’ensemble des acteurs. À l’avenir, la culture de la sécurité et de la prévention passera toujours par l’encouragement à la rigueur dans les gestes – et à ne jamais banaliser l’importance des étapes qui précèdent et qui suivent le port des équipements de protection.

Sources :

  • Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H) – Recommandations nationales EPI
  • Santé Publique France – Études en EHPAD 2021
  • Organisation mondiale de la santé – Guide de prévention des infections
  • Centres pour le Contrôle et la Prévention des Maladies (CDC) – Fiches techniques séquence EPI
  • Infection Control & Hospital Epidemiology, Volume 43, 2022
  • SF2H, Bon usage des gants

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