Le rôle clé de l’ergothérapeute dans le positionnement en fauteuil roulant

18 mai 2026

Comprendre les enjeux du positionnement en fauteuil

Le positionnement en fauteuil roulant va bien au-delà de la simple recherche du confort. En établissement médico-social, chaque posture compte : elle impacte l’autonomie, le bien-être, mais aussi la prévention des complications graves telles que les escarres ou les déformations articulaires. Plus de 70 % des résidents en EHPAD sont confrontés à une situation de dépendance motrice, et selon l’Agence nationale d’appui à la performance (ANAP), environ un tiers des chutes surviennent lors des transferts ou de l’utilisation du fauteuil roulant. Dans ce contexte, le rôle de l’ergothérapeute se révèle essentiel, à la croisée du soin, du confort, et de la sécurité. La démarche ne se limite pas à l’acquisition d’un fauteuil adapté, mais à l’ajustement fin de chaque équipement au quotidien des personnes concernées.

Pourquoi un bon positionnement change tout

Un mauvais positionnement, même minime, peut avoir des répercussions majeures :

  • Apparition rapide d’escarres : une zone de pression excessive sur la peau déclenche, en quelques heures parfois, des plaies difficiles à soigner.
  • Douleurs articulaires et musculaires : la posture imposée peut générer des contractures, voire des déformations irréversibles.
  • Difficulté à communiquer, s’alimenter ou respirer : le tronc penché, le bassin mal placé nuisent à tous les grands fonctions physiologiques.
  • Dégradation de l’autonomie : sortir seul du fauteuil ou tourner la tête peut devenir laborieux, accentuant la dépendance.

Selon l’HAS (Haute Autorité de Santé), la prévention des lésions cutanées et des chutes passe d’abord par le respect de la position assise physiologique (HAS, 2014). Mais atteindre cette posture n’est pas toujours intuitif : chaque personne présente des caractéristiques physiques, des habitudes, des besoins fonctionnels qui lui sont propres.

Le processus d’évaluation par l’ergothérapeute

L’évaluation du positionnement demande une analyse complète :

  • L’examen clinique : l’ergothérapeute observe l’alignement de la tête, du tronc, du bassin, la mobilité des membres, la présence d’ankylose ou de douleurs, l’état cutané. Une attention particulière est portée au bassin, véritable “socle” de la posture.
  • L’environnement : la hauteur des tables et des plans de transfert, l’espace circulant, les habitudes de vie, la présence d’une aide technique (coussin, planche de transfert…)
  • L’expression des besoins : l’écoute du résident, des soignants et des aidants permet d’ajuster au plus près la solution retenue.

Des outils d’évaluation (type “Grid” ou Garches Seating Guide) sont parfois utilisés pour baliser la démarche, mais l’expertise clinique reste irremplaçable.

Les grandes règles du bon positionnement

Adopter une bonne posture en fauteuil roulant repose sur plusieurs principes concrets. Voici les repères majeurs, étayés par les recommandations de l’AFPC (Association Française des Professionnels en positionnement et confort) :

  • Le bassin doit être bien positionné en arrière et à plat sur l’assise, ni penché sur un côté, ni basculé vers l’avant ou l’arrière.
  • Les cuisses sont soutenues sur toute leur longueur, sans être comprimées.
  • Le dos garde son axe naturel (légère courbure lombaire), avec un minimum d’effort musculaire.
  • Les pieds reposent sur des cale-pieds réglés à la bonne hauteur sans que les jambes pendent ni soient repliées de façon inconfortable.
  • La tête alignée, ni trop en avant ni trop basculée en arrière.
  • Les avant-bras peuvent trouver appui sur des accoudoirs ajustés à la bonne hauteur.

Un contrôle régulier et des réajustements sont nécessaires car le corps change, le matériel s’use ou se déplace, et les besoins évoluent.

Adapter le fauteuil roulant : choix et réglages essentiels

Le fauteuil roulant n’est pas qu’un simple siège : c’est un ensemble modulable qu’il faut savoir apprivoiser pour chaque utilisateur. Un fauteuil mal adapté peut aggraver la perte d’autonomie.

  • Le choix du fauteuil :
    • Type standard ou sur mesure : selon la morphologie et les pathologies associées.
    • Fauteuil manuel vs. électrique : à orienter selon la capacité motrice et l’autonomie.
  • Les réglages principaux :
    • Largeur, profondeur et hauteur de l’assise : pour éviter les points de pression et garantir la stabilité.
    • Inclinaison de dossier et d’assise : certains modèles permettent d’incliner pour répartir les appuis et faciliter la respiration.
    • Hauteur et profondeur des accoudoirs : essentiels pour l’appui et la prévention des troubles des membres supérieurs.
    • Réglages des cale-pieds et position des roues : impactant la propulsion et le maintien de la posture.
  • Les aides techniques complémentaires :
    • Coussins anti-escarres (HAS - 2014),
    • Dossiers anatomiques,
    • Ceintures de maintien,
    • Accoudoirs modelés,
    • Système d’appui-tête ajustable.

Ces accessoires, choisis et installés à bon escient par l’ergothérapeute, peuvent transformer radicalement la qualité de vie.

Quand et comment réajuster le positionnement ?

Le réglage optimal n’est jamais définitif. Plusieurs situations imposent une réévaluation du positionnement :

  1. Apparition de rougeurs, de douleurs ou de déformations physiques.
  2. Changements d’état de santé : perte de poids, chirurgie, aggravation d’une pathologie neurologique…
  3. Évolution de l’autonomie : capacité à se transférer, à propulser le fauteuil.
  4. Signalement par les soignants ou la famille d’une gêne ou d’une modification posturale.

La fréquence de réévaluation dépend du profil du résident. Pour les personnes à risques (polyhandicap, vieillissement avancé, antécédents d’escarres), un suivi trimestriel est un repère de base (source : Guide ANFE, Association Nationale Française des ergothérapeutes).

L’accompagnement quotidien : gestes et vigilance des équipes

L’intervention ponctuelle de l’ergothérapeute ne suffit pas : la vigilance des équipes aide-soignantes et infirmières est la clé d’un maintien efficace dans le temps. Quelques gestes simples à intégrer dans la pratique :

  • Vérifier l’alignement du bassin lors de chaque installation.
  • Déceler rapidement une rougeur sous les ischions ou les fessiers.
  • S’assurer du bon état du matériel (coussin sec, assise non déformée, cale-pieds fixés).
  • Varier les points d’appui au cours de la journée si possible.
  • Favoriser la participation de la personne à son positionnement pour respecter ses capacités restantes.

Une fiche de suivi de positionnement, partagée entre soignants, permet de tracer l’évolution et d’alerter très tôt en cas d’anomalie.

Ce qu’un bon positionnement change concrètement

De nombreuses études confirment que l’attention portée au positionnement transforme la vie en institution. Selon l’Association Française pour la Recherche et l’Évaluation en Gérontologie (AFREG), le nombre d’escarres a chuté de près de 60 % dans les établissements ayant renforcé les évaluations ergothérapeutes et formations des équipes (AFREG, 2021). Outre les chiffres, c’est le quotidien qui s’apaise : un résident bien installé communique mieux, exprime moins de douleurs, retrouve parfois une gestuelle oubliée. Une posture adéquate rend possible la participation aux ateliers, les visites au salon, et, parfois, la « petite promenade » aux beaux jours.

Pour aller plus loin : ressources et outils pratiques

  • Guide complet de l’ANFE sur le positionnement en fauteuil (ANFE, 2016).
  • Dossier "La posture assise chez le sujet âgé : prévention des escarres et maintien de l’autonomie" (HAS, 2014).
  • Webinaires et formations en ligne pour soignants sur la posture, proposés par l’AFPC.
  • Tableau comparatif des types de coussins anti-escarres, disponible sur le site de l’HAS.
  • Vidéos pédagogiques pour l’installation en fauteuil, éditées par la Fédération Française Handisport.

Prendre soin de la posture, c’est prendre soin de la personne

Optimiser le positionnement en fauteuil roulant, c’est accorder une attention concrète, personnalisée et continue à chaque résident : un savoir-faire qui mobilise expertise et bienveillance, au plus près du vécu. Les bénéfices humains, médicaux et sociaux sont majeurs — chaque détail compte, chaque ajustement soutient la dignité, la sécurité et l’autonomie.

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