Soutenir la mobilité en EHPAD : comment évaluer précisément les besoins des résidents ?

23 avril 2026

Pourquoi l’évaluation de la mobilité est essentielle en EHPAD ?

L’avancée en âge s’accompagne très souvent de modifications de la mobilité. En France, près d’un résident en EHPAD sur deux présente des troubles de la marche ou de l’équilibre (source : DREES, 2023). Cette réalité transforme la question de l’évaluation des aides à la mobilité en enjeu essentiel. Car chaque perte de mobilité expose à des risques : chutes, isolement, perte d’autonomie et dégradation de la qualité de vie.

En établissement, une évaluation rigoureuse des besoins en aide à la mobilité permet :

  • De personnaliser l’accompagnement afin de préserver au maximum l’autonomie.
  • De choisir l’aide technique la plus adaptée, en évitant des équipements inutiles ou inappropriés.
  • De diminuer le risque de chute et de blessures.
  • D’encourager le maintien ou la récupération des capacités motrices.
  • D’impliquer efficacement l’équipe pluridisciplinaire autour du projet de vie du résident.

Les principes d’une évaluation réussie

L’évaluation des besoins en aides à la mobilité ne se limite pas à regarder la marche ou à mesurer la force musculaire : elle prend en compte l’ensemble des dimensions qui influencent le déplacement du résident et son environnement au quotidien.

  • L’approche individualisée : chaque résident possède son histoire, ses habitudes, ses souhaits et ses capacités. S’appuyer sur le dialogue est essentiel : « Que fait-il encore seul ? Qu’aimerait-il pouvoir continuer à faire ? »
  • L’observation en situation réelle : l’évaluation doit se dérouler dans le cadre habituel du résident (chambre, couloir, salle à manger…), afin de repérer les contraintes, les risques et les ressources mobilisables.
  • La collaboration interdisciplinaire : infirmiers, aides-soignants, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, médecins coordonnateurs et familles partagent des points de vue complémentaires pour une analyse fine.
  • L’évaluation régulière et évolutive : la situation d’une personne peut changer rapidement (aggravation d’une maladie, chute, amélioration après rééducation…). Un suivi périodique s’impose.

Quels sont les facteurs à analyser ?

Evaluer la mobilité d’un résident, c’est avoir une vision globale. Plusieurs axes sont à explorer :

1. Les capacités physiques

  • Equilibre et marche : Peut-il se lever et s’asseoir seul ? Garde-t-il l’équilibre en statique et en mouvement ? Marchez-vous à son côté pour voir comment il gère les obstacles, les virages, les portes ?
  • Force musculaire : Les membres inférieurs sont-ils toniques ? Les membres supérieurs peuvent-ils soutenir une appui sur un déambulateur ou une canne ?
  • Transferts : Comment réussit-il à passer du lit à la chaise, ou de la chaise au fauteuil roulant ?
  • Coordination et réactivité : Réagit-il vite pour éviter une perte d’équilibre ?

2. Les limitations fonctionnelles et contraintes médicales

  • Présence d’un déficit sensoriel (vue, audition)
  • Douleur chronique, arthrose, polyarthrite, suites de fractures, troubles neurologiques (AVC, Parkinson, Alzheimer...)
  • Problèmes d’orthopédie : prothèse de hanche ou de genou, amputations
  • Fatigabilité, essoufflement, peur de la chute

3. Les dimensions psychocognitives

  • Capacité à comprendre et à suivre des consignes simples
  • Orientation dans le temps et l’espace
  • Degré d’initiative et d’envie de se déplacer
  • Présence d’anxiété, de démotivation, de dépression ou d’agressivité liée à la perte d’autonomie

4. L’environnement matériel et humain

  • Configuration des chambres, couloirs, accès sanitaires
  • Mobiliers adaptés ou obstacles (tapis, seuils de porte, meubles mal placés)
  • Luminosité, balisage, repères visuels
  • Encadrement professionnel disponible, implication de la famille ou du réseau

Outils et démarches pratiques pour une évaluation efficace

Les outils d’évaluation les plus utilisés

Il existe de nombreux tests et outils validés. Le choix dépend du contexte et du niveau du résident. Voici quelques exemples courants :

Nom de l’outil Objectif Temps nécessaire Pour qui ?
AGGIR (Autonomie Gérontologique, Groupes Iso-Ressources) Évalue le degré d’autonomie 10-20 min Tous résidents
Tinetti Analyse de la marche et de l’équilibre 10 min Mobilité à risque de chute
Get Up and Go Test global transfert et déplacement 5 min Pour repérage rapide
SMAF (Système de mesure de l'autonomie fonctionnelle) Capacités fonctionnelles et besoins d’aide Variable Population dépendante
2-minutes Walk Test Endurance de la marche 2 min Résidents valides

Chaque outil requiert une formation minimale pour être utilisé avec fiabilité. Leur intérêt majeur : objectiver la situation, communiquer facilement entre professionnels et suivre l’évolution dans le temps (cf. recommandations HAS – Haute Autorité de Santé).

L’importance de l’observation en pratique

Aucun score ne remplace l’observation attentive en situation réelle :

  • Accompagner le résident lors d’un trajet habituel : notez les gestes, hésitations, détours et éventuels dangers.
  • Solliciter son avis : « Comment ressentez-vous la marche avec cette canne ? »
  • Interroger la famille ou le personnel de nuit sur le vécu quotidien : déplacements nocturnes, tentatives hasardeuses, habitudes particulières.

L’avis de l’ergothérapeute : clé dans le choix des aides techniques

L’ergothérapeute dispose de compétences spécifiques pour l’analyse fine des besoins moteurs, sensoriels et environnementaux. Son rôle :

  • Aider à choisir l’aide technique la plus adaptée : canne, cadre de marche, rollator, fauteuil roulant…
  • Donner des conseils pour les aménagements matériels (lit médicalisé, barres d’appui, éclairage, etc.)
  • Former le résident à l’usage correct de son aide, mais aussi l’équipe ou la famille si besoin.
  • S’assurer de l’acceptation de l’aide par le résident, ajuster si résistance ou difficultés.
D’après le rapport IGAS (Inspection générale des affaires sociales, 2018), en EHPAD, moins d’un résident sur trois a bénéficié d’une évaluation spécifique par un ergothérapeute. Or, cela augmente clairement la pertinence du matériel choisi, limite le sentiment de stigmatisation et diminue les risques d’accidents.

Choisir la bonne aide à la mobilité : critères pratiques

Après évaluation, il s’agit d’opter pour l’aide technique la plus juste, ni surévaluée (favorant la dépendance), ni sous-évaluée (source de risque).

Quelques repères pratiques

  • Canne simple : pour un léger déséquilibre sans trouble cognitif sévère. Nécessite une bonne préhension et orientation.
  • Déambulateur simple (cadre de marche) : bon maintien, mais espace nécessaire pour manœuvrer, nécessite force des deux bras.
  • Rollator (déambulateur à roulettes) : facilite la marche sur de longues distances, demande coordination et apprentissage. Risque avec la baisse du tonus ou troubles cognitifs (ne pas freiner à temps).
  • Fauteuil roulant manuel : pour mobilité très réduite, mais mobilité du tronc et des bras, maîtrise du frein, environnement adapté (absence de seuils/escaliers).
  • Fauteuil roulant électrique : réservé aux personnes avec préservation de fonctions supérieures, apprentissage indispensable, adaptation de la chambre souvent nécessaire.

Prévenir les complications liées à la mobilité réduite

L’évaluation bien conduite doit toujours viser la prévention des accidents (chutes, blessures), mais aussi la préservation de l’autonomie globale.

  • Former les équipes : à l’accompagnement juste et à la manipulation du matériel ; repérer rapidement une perte de capacité et ajuster l’aide proposée.
  • Informer les familles : expliquer l’intérêt des aides, le bon usage, l’importance du maintien d’une activité minimale.
  • Réaliser des bilans réguliers : ajuster le type d’aide après une hospitalisation, un épisode infectieux ou une alerte (chute, démence évolutive, etc.).
  • Prévoir le double accompagnement lors d’une situation à risque (faiblesse majeure, retour de séjour médical, etc.).

Vers une mobilité soutenue, facteur de qualité de vie

L’évaluation des besoins en aides à la mobilité ressemble souvent à un travail d’équilibriste. Elle requiert de la méthode, de l’écoute, un engagement continu, ainsi que l’appui d’une équipe diverse. Le choix et l’ajustement d’une aide ne se font jamais dans l’absolu, mais toujours en lien avec le projet de vie de la personne.

Une évaluation collective, régulière et concrète permet non seulement d’améliorer la sécurité des résidents, mais aussi de préserver ce qu’on appelle trop vite “petite mobilité” : les déplacements jusqu’au coin lecture, la promenade dans le jardin, le fait d’aller soi-même à table. Ce sont ces gestes simples qui forgent la dignité, le plaisir de vivre en établissement et la confiance dans ses propres forces.

Des ressources à approfondir :

  • Haute Autorité de Santé, “Prévention des chutes chez la personne âgée”
  • DREES, “Les personnes âgées en établissement : état de santé et autonomie”, 2023
  • IGAS, Rapport “L’ergothérapie en établissements pour personnes âgées”, 2018
N’hésitez pas à solliciter vos ergothérapeutes, à organiser des temps d’échange interprofessionnels et à partager vos expériences de terrain pour progresser ensemble.

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