Optimiser l’usage des équipements de protection : repérer les erreurs pour mieux les prévenir

20 août 2025

Mauvaises habitudes dans l’utilisation des masques

Le port du masque chirurgical ou FFP2 protège efficacement contre de nombreux agents infectieux… à condition d’être utilisé correctement. Un rapport de Santé Publique France de 2021 soulignait que plus de 30% des professionnels de santé interrogés déclaraient avoir déjà porté un masque au-delà de la durée recommandée ; une proportion pas négligeable quand on sait que l’humidité du masque altère rapidement son efficacité (Santé Publique France).

  • Port prolongé ou masque réutilisé : Il arrive fréquemment qu'un masque soit conservé "pour terminer une tournée" ou replacé après une brève pause, exposant à la contamination croisée. Or, la durée d'efficacité d’un masque chirurgical ne dépasse généralement pas quatre heures en condition réelle.
  • Mauvaise mise en place : Toucher l'intérieur du masque avec les mains, ne pas ajuster la barrette nasale, ou laisser le nez découvert sont des erreurs fréquemment observées. Elles réduisent drastiquement l'effet barrière attendu.
  • Retrait inadapté : Le retrait par l'avant ou le "descendre sous le menton" pour discuter ou boire expose à la contamination des mains, du visage et du tissu.

Selon l’INRS, un geste aussi simple que descendre son masque de manière répétée multiplie par deux le risque de contamination cutanée (Sources : INRS).

Les gants : surprotection et fausse sécurité

Les gants à usage unique sont essentiels lors de contacts avec des fluides biologiques ou de soins invasifs. Pourtant, leur mauvaise utilisation créée souvent une illusion de sécurité :

  • Utilisation non justifiée : Mettre des gants pour accomplir des gestes propres (prise de tension, aide à la mobilisation) ne protège pas mieux… et contribue à banaliser ce matériel – tout en asséchant les mains et en exposant à des allergies.
  • Réticence au changement entre deux patients : Les enquêtes montrent que jusqu’à 21% des soignants interrogés changent leurs gants moins souvent que nécessaire (Journal of Hospital Infection, 2008). Cela entraîne le transport de micro-organismes d’un usager à l’autre.
  • Désinfection oubliée après retrait : Le retrait du gant ne dispense pas d’un lavage ou d’une friction hydroalcoolique systématique des mains.

On sous-estime souvent à quel point un gant porteur de germes peut servir de "véhicule" invisible de pathogènes, tout particulièrement lors du nettoyage de surfaces d’environnement proche des résidents (CClin Paris-Nord).

Blouses et sur-blouses : erreurs fréquentes et conséquences

L’usage de la blouse – ou sur-blouse en cas de situation à risque épidémique – s’est généralisé dans la plupart des établissements, notamment depuis la pandémie de Covid-19. Malgré cela, plusieurs erreurs perdurent :

  • Non-port lors d’actes à haut risque : Des actes tels qu’aspiration endo-trachéale, soins de plaies ou manipulation de dispositifs invasifs sont parfois réalisés sans blouse, par méconnaissance de l’indication précise ou pour "gagner du temps".
  • Mauvaise technique d’enfilage et de retrait : S’habiller trop rapidement, ajuster la blouse seulement à demi, ou retirer la blouse en passant les manches par-dessus la tête propage les particules sur les vêtements ou la peau.
  • Réutilisation inappropriée : Quand le stock est limité, la tentation peut exister de laisser une sur-blouse "pour la tournée" dans une chambre à isolement contact, ce qui est contraire aux protocoles. La barrière perd alors toute efficacité.

Lunettes, visières et protection du visage : l’oublié du quotidien

Les protections oculaires et faciales restent trop rarement utilisées, malgré les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS). Elles sont, pourtant, incontournables lors de situations à risque de projection (HAS). L’oubli le plus courant ? Ne pas les porter lors de soins générant des aérosols ou en contexte d’épidémie de gastro-entérite, alors que les liquides biologiques peuvent atteindre les muqueuses du visage.

  • Problème de disponibilité : Le matériel est parfois perçu comme "pas immédiatement accessible", favorisant le renoncement ou la "petite entorse au protocole".
  • Entretien négligé : Nettoyer les lunettes ou visières entre chaque patient est rarement appliqué, bien que cela soit source potentielle de contamination indirecte.

Gestes à risque : contamination lors de la manipulation des équipements

De nombreux oublis concernent la manière de manipuler les équipements, que ce soit lors de leur mise en place ou de leur retrait. Les dispositifs de l’Organisation Mondiale de la Santé rappellent l’importance de procédures précises :

  1. Ordre d’enfilage et de retrait : Commencer par la blouse, puis le masque, puis les lunettes, puis les gants ; au retrait, respecter systématiquement l’ordre inverse pour limiter la contamination.
  2. Précipitation : Dans 13% des situations d’alerte ISO, le non-respect de l’ordre de retrait est relevé comme un facteur aggravant de passage de germes sur les mains (Source : Eurosurveillance, 2010).
  3. Stockage inapproprié : Poser les équipements déjà utilisés sur un plan de travail, ou les ranger dans la poche pour "quelques instants", engendre une contamination de l’environnement.

Hygiène des mains : la pierre angulaire trop vite négligée

Même avec une protection adaptée, l’hygiène des mains reste l’acte indispensable pour interrompre la chaîne de transmission. Les audits menés par le réseau REPIAS en 2022 ont montré un "oubli" du lavage des mains après le retrait des équipements dans 17% des situations observées en EHPAD, ce qui constitue un maillon particulièrement vulnérable.

  • L’absence de friction hydroalcoolique entre deux gestes sur le même patient
  • Le port de bijoux ou de vernis, qui entravent un lavage complet
  • Une mauvaise friction du bout des doigts, de la paume ou du dos de la main

La non-application de cette mesure, si simple en apparence, reste à l’origine de la majorité des transmissions d’infections dites "manuportées" (HAS).

Manque d’information et défaut de culture prévention

Derrière ces erreurs, on retrouve souvent un défaut d’information et de formation initiale ou continue. Lors de l’enquête nationale PREDISE 2019, 22% des aides-soignants et 17% des infirmiers en EHPAD jugeaient leur formation "insuffisante pour gérer les équipements de protection en situation d’alerte".

  • Turn-over important des équipes avec dilution des compétences
  • Absence de rappel régulier des consignes lors de situations à évolution rapide (épidémie infectieuse, COVID-19…)

L’instauration d’ateliers pratiques, de fiches visuelles à affichage immédiat, et de référents "bon usage" sur le terrain font partie des leviers d’efficacité reconnus par les recommandations du CPIAS (CPIAS).

Tableau : récapitulatif des erreurs courantes et de leurs impacts

Équipement Erreur fréquente Risque ou conséquence
Masques Port prolongé, retrait inadapté, nez découvert Diminution efficacité, contamination croisée
Gants Non-justifié, changement insuffisant, absence de friction après retrait Transport de germes, fausse sécurité, allergies
Blouses Oubli, technique incorrecte, réutilisation Contamination de la tenue/usager, perte d’efficacité
Lunettes/visières Oubli lors de projections, entretien négligé Risque infectieux oculaire, persistance des germes
Hygiène des mains Oubli, technique incomplète Transmission manuportée majorée

Pistes concrètes pour réduire les erreurs sur le terrain

Face à l’expérience du quotidien, quelques leviers simples mais redoutablement efficaces se dégagent :

  • Formations courtes, régulières et participatives : Les outils vidéo, les mises en situation, ou les affiches dynamiques sont mieux retenus et adaptés à la réalité des équipes.
  • Proximité du matériel : Veiller à ce que chaque produit soit disponible à moins d’un mètre du lieu d’utilisation. Les audits du CCLIN Sud-Ouest montrant un bond de 20% dans le respect du port des lunettes quand le matériel était visible et accessible.
  • Culture de la vigilance partagée : Inviter chaque membre de l’équipe à "oser rappeler" ou à proposer des "piqûres de rappel" bienveillantes en cas d’oubli, questionner les habitudes, interroger les protocoles, crée une dynamique d’exigence partagée.

Valoriser la précision quotidienne : une clé pour la sécurité de tous

L’utilisation des équipements de protection impose rigueur, attention et formation continue. Si les erreurs restent humaines et parfois inhérentes au rythme du soin, l’amélioration des pratiques est à la portée de tous : une bonne connaissance des points de vigilance, des gestes méthodiques, et un esprit collectif d’autosurveillance permettent de réduire considérablement les risques d’infections associées aux soins. Mettre la prévention au centre du projet d’équipe, c’est renforcer chaque jour la qualité de vie – et de soin – en établissement médico-social.

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