Port de la charlotte en EHPAD : informations essentielles et pratiques pour une hygiène adaptée

16 juillet 2025

Pourquoi la question du port de la charlotte se pose en EHPAD ?

En établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), la maîtrise des risques infectieux est au cœur du travail quotidien. Parmi les équipements de protection individuelle (EPI), la charlotte, aussi appelée « coiffe à usage unique », soulève régulièrement des questions : est-elle vraiment nécessaire ? En quoi protège-t-elle ? Comment l’utiliser à bon escient ?

Ce questionnement revient fréquemment lors des démarches d’amélioration des pratiques. Il ne s’agit pas d’une simple formalité : chaque mesure d’hygiène a une raison d’être, et le port systématique ou non d’une charlotte se fonde sur des preuves scientifiques, des retours d’expérience et des recommandations professionnelles. La crise COVID-19 a d’ailleurs redonné de la visibilité à ces équipements, conduisant à des modifications et à de nouveaux débats dans les établissements.

La charlotte : à quoi sert-elle réellement ?

La charlotte est un dispositif léger et jetable, placé sur la chevelure, destiné à limiter la dissémination des cheveux, des pellicules et des micro-organismes pouvant se loger ou se fixer sur le cuir chevelu ou la chevelure. Elle ne protège pas seulement la personne qui la porte, mais aussi l’environnement et les résidents, plus vulnérables aux infections.

Concrètement, la charlotte vise à :

  • Réduire la dispersion des cheveux ou particules lors de gestes de soins rapprochés ou lors des manipulations à risque (soins de plaies, préparation de médicaments stériles, change complexe, nettoyage de matériel invasif, etc.)
  • Limiter la contamination croisée, notamment lorsqu’un geste impose de s’approcher très près du visage du résident (intubation, aspiration trachéale, soins de bouche complexes…)
  • Protéger la chevelure contre les projections (fluides, produits de désinfection, etc.) lors de gestes à risque bien identifié.

En milieu hospitalier, le port de la charlotte est plus fréquent notamment en chirurgie, en soins intensifs, ou lors d’actes invasifs. En EHPAD, où les gestes « stériles » sont rares, son utilité semble moins systématique, mais elle reste précieuse dans certains contextes.

Que disent les recommandations officielles ?

Les recommandations françaises sont claires et nuancées ; elles varient selon la nature des soins et les populations concernées. Les principales références sont celles de la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H), du Ministère de la Santé et des Groupes d’Hygiène régionaux.

  • Soins courants en EHPAD : Le port de la charlotte n’est pas exigé pour les soins de la vie quotidienne (toilette, aide à l’habillage, repas, transfert…).
  • Soins techniques ou à risque biologique élevé : La charlotte peut être indiquée lors de pansements de plaies chroniques complexes, soins d’escarres, pose de dispositif intraveineux de longue durée, aspiration trachéale — voire en cas de suspicion ou de preuve de germe multi-résistant.
  • Précautions particulières lors d’épidémie (grippe, COVID-19…) : Lorsqu’une épidémie sévit, en cas de contact rapproché, ou face à une suspicion d’infection respiratoire sévère, les recommandations peuvent imposer de compléter la tenue par une charlotte (en plus du masque, de la surblouse et des gants).

La note DGS du 23 octobre 2020 précisait, lors de la gestion COVID, que « Le port de la charlotte peut être recommandé lors des soins rapprochés à risque de projections ou lors des soins réalisant des aérosols » (source : Ministère des Solidarités et de la Santé).

Enfin, les recommandations insistent sur le fait que la charlotte ne doit pas remplacer une chevelure propre et soignée, attachée si possible, et un lavage des mains rigoureux.

Charlotte obligatoire en EHPAD : réalité ou idée reçue ?

Contrairement à une légende tenace, la charlotte n’est pas obligatoire en permanence dans les EHPAD. Cela se distingue des services de bloc opératoire ou de soins critiques où elle est systématique.

On la réserve, en général, à trois situations principales :

  1. Soins invasifs ou à haut risque :
    • Soin d’escarres profondes
    • Pansements de cathéters veineux centraux
    • Aspirations trachéales chez des résidents trachéotomisés
  2. Lors d’alerte infectieuse :
    • Épidémie en cours (exemple : COVID-19, grippe sévère, gastro-entérite à norovirus…)
    • Mise en place de précautions complémentaires « gouttelettes/air »
  3. Préparation/confection de certains dispositifs médicaux stériles :
    • Préparation de certains médicaments injectables stériles par l’infirmière coordinatrice ou la pharmacie à usage intérieur
    • Nettoyage de dispositifs invasifs en environnement protégé

La distinction est donc bien dans l’analyse du risque : en dehors des soins techniques ou contextes infectieux, le port quotidien généralisé de la charlotte présente peu d’intérêt pour la sécurité des résidents. À noter que cette stratégie contribue aussi à limiter le gaspillage de matériel à usage unique, important dans une démarche écoresponsable.

Risques d’un port inadapté ou systématique de la charlotte

  • Apports très limités en dehors des situations à risque : Plusieurs études ont montré que le port systématique de la charlotte dans les milieux médico-sociaux n’apporte pas de bénéfice prouvé en dehors des gestes invasifs ou d’épidémies avérées (Institut Pasteur, 2022).
  • Gêne, inconfort et risque d’inobservance : Porter une charlotte sur de longues périodes provoque transpiration, sensation d’inconfort, démangeaisons, migraines… Le risque est alors de mal la positionner, voire de la manipuler fréquemment, ce qui augmente la contamination potentielle des mains et de l’environnement.
  • Déresponsabilisation sur les mesures essentielles : Un excès de confiance dans les EPI « visibles » peut détourner l’attention des pratiques essentielles : lavage des mains, nettoyage des surfaces, hygiène corporelle et du linge… qui restent de loin les mesures les plus efficaces.

Le port à mauvais escient d’EPI, charlotte comprise, entretient un faux sentiment de sécurité et modifie parfois les comportements. Les retours de terrain suite à la pandémie soulignent ce paradoxe : l’« armure » d’une tenue complète ne doit pas dériver en relâchement du triage des priorités. Le rapport qualité de soin / sécurité doit toujours être évalué.

Bien utiliser la charlotte : conseils pratiques adaptés à l’EHPAD

  • Installation : Mettre la charlotte juste avant d’entrer dans la chambre du résident ou la zone protégée. Éviter de toucher la chevelure ou la charlotte après la pose.
  • Temps de port : Limiter au strict nécessaire : un soin, une intervention. Changer de charlotte entre chaque résident si indication. Ne jamais la « réutiliser » même pour deux résidents consécutifs.
  • Chevelure : Maintenir les cheveux propres, idéalement attachés en chignon ou en queue-de-cheval basse sous la charlotte. Barbe et moustache si possible courtes et soignées, particulièrement en période d’alerte infectieuse.
  • Dépose : Retirer la charlotte sans toucher ses cheveux ni l’extérieur du dispositif après le soin. La jeter immédiatement dans la filière déchets adaptée (DAOM). Se frictionner les mains avec une solution hydro-alcoolique (SHA) ou procéder à un lavage des mains après chaque manipulation.
  • Approvisionnement : Les charlottes doivent demeurer accessibles, en nombre limité, dans les postes de soins, et non dans les pièces de vie ou zones communes.

Par souci environnemental, certains établissements s’interrogent sur l’usage de charlottes lavables. Les recommandations actuelles restent prudentes : les dispositifs réutilisables doivent répondre à des normes strictes de lavage/désinfection en blanchisserie hospitalière (AFNOR S76-101), ce qui n’est pas toujours faisable en structure médico-sociale classique (source : SF2H, 2023).

Approche éthique : protéger tout en maintenant le lien

Le port d’une charlotte, comme celui d’autres éléments EPI, ne doit pas être vécu comme une barrière supplémentaire entre professionnels et résidents. Certains témoignages ont relaté, notamment durant la crise COVID-19, un effet d’anonymisation ressenti par les personnes âgées (France Inter, "EHPAD, derrière les masques", 2021). Montrer son visage, garder une dimension humaine dans le soin, sont essentiels pour préserver la relation et le bien-être des résidents.

  • Privilégier toujours la communication, un regard, un mot, une explication lors du port d’une coiffe
  • Limiter le port à l’indication stricte, et rester identifiable pour le résident

Associer technique et présence, c’est la vraie mission du soin au quotidien.

Références et sources utiles

  • Instruction du Ministère des Solidarités et de la Santé – Note DGS du 23/10/2020
  • Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H) – Recommandations pratiques « Mesures de protection en EHPAD », 2023
  • Institut Pasteur, Dossier « Hygiène des Soins », 2022
  • Haute Autorité de Santé (HAS) – Fiches pratiques « Prévention des infections associées aux soins en EHPAD »
  • INRS – Guide « Équipements de Protection Individuelle en milieu de soins »
  • France Inter, émissions et reportages sur le vécu en EHPAD pendant l’épidémie COVID

Repenser l’usage raisonné de la charlotte en EHPAD

La charlotte est un outil de protection simple mais qui n'est pas la réponse à tous les risques en EHPAD. Savoir dans quelles situations l’utiliser, comment la manipuler, et surtout ne pas négliger les autres mesures d’hygiène reste essentiel. Elle a sa place, mais seulement lorsque la situation le justifie. Cette réflexion participe au professionnalisme des équipes et au bien-être des résidents : la justesse avant tout, pour soigner et protéger sans céder à la routine ou à la peur.

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